Pourquoi le réel n’a pas prise sur l’antisémitisme
L’antisémitisme demeure un phénomène singulier et persistant. Contrairement à ce que l’on entend souvent, il ne résulte pas d’un comportement réel des Juifs ni de ce que ferait ou ne ferait pas l’État d’Israël. Il ne s’agit pas d’une critique politique qui, poussée trop loin, deviendrait haine.
L’antisémitisme est d’une nature différente, autonome, structurelle.
C’est le constat que rappelle le chercheur Lars Fischer : croire que le sort des Juifs dépend de leur conduite relève d’un sophisme qui, en inversant la responsabilité, finit par blâmer la victime.
1️⃣ L’antisémitisme ne découle pas de faits réels
L’idée selon laquelle un comportement juif provoquerait mécaniquement une réaction hostile est un mythe. Fischer la nomme la « théorie de correspondance », ou plutôt le « sophisme de corrélation » : on postule qu’un acte attribué à un Juif entraîne une haine à son encontre.
Mais on ne pose jamais les questions essentielles :
- Pourquoi la même attitude, chez un non-Juif, ne produit-elle pas la même réaction ?
- Pourquoi accuse-t-on les Juifs même absents d’un lieu ou d’un événement ?
- Pourquoi la haine se déploie-t-elle avant tout constat empirique ?
Parce qu’il ne s’agit pas d’une réaction :
L’antisémitisme précède le fait, il ne le suit pas.
2️⃣ La haine projette un imaginaire préexistant
Dans les années 1940, les philosophes Max Horkheimer et Theodor W. Adorno ont décrit ce mécanisme dans La Dialectique de la raison : l’antisémitisme fonctionne comme une projection pathologique.
Nous percevons le monde à partir de ce que nous pensons déjà savoir.
Mais au lieu de confronter ce savoir à la réalité, l’antisémite l’impose à la réalité :
Peu importe ce que font ou ne font pas les Juifs :
l’antisémite « voit » toujours ce qu’il a décidé d’y voir.
Les Juifs deviennent un écran sur lequel sont projetées les peurs, les frustrations et les obsessions d’une société.
3️⃣ Une haine qui ne se combat pas par les faits
Il est illusoire de croire que davantage d’informations ou de diplomatie pourraient raisonner un antisémite.
Ce dernier ne manque pas de connaissances :
il refuse ce qui contredit son imaginaire.
Si la raison suffisait, il ne serait pas antisémite.
C’est pourquoi l’idée de « corriger » la perception de l’antisémitisme par l’action des Juifs — être plus discrets, plus exemplaires, ou modifier la politique d’Israël — est non seulement inefficace, mais profondément injuste.
Elle revient à demander aux victimes de s’adapter à la haine qui les vise.
4️⃣ Une responsabilité qui ne revient pas aux Juifs
Aujourd’hui encore, on entend :
- « Israël fait monter l’antisémitisme »
- « Si les Juifs étaient moins visibles, il n’y aurait pas de problème »
Ce raisonnement inversionnel repose sur une logique dangereuse :
plus une communauté subit la haine, plus on lui en attribuerait la cause.
Or :
Les Juifs ne causent jamais l’antisémitisme.
Ce sont les antisémites qui causent l’antisémitisme.
La haine des Juifs ne dit rien des Juifs —
elle dit tout de ceux qui la professent.
Conclusion : Désapprendre pour reconstruire
L’antisémitisme est un réflexe acquis, transmis depuis des siècles dans la culture, les discours, les imaginaires. S’il peut être appris, il peut être désappris.
Mais cela exige du courage moral et une lucidité historique :
accepter que la responsabilité incombe exclusivement à celles et ceux qui la portent.
C’est là un prérequis essentiel pour tout projet de coexistence et de paix.
📌 Article inspiré de Lars Fischer, “Why Jews cannot cause antisemitism” (The Times of Israel Blog), et des travaux de Horkheimer & Adorno sur la projection antisémite.
🌟 Mission Ashteret
Ashteret œuvre à déconstruire les préjugés enracinés,
à désapprendre la haine héritée,
et à refonder un vivre-ensemble lucide, juste et respectueux.