Ashteret : pour un corridor de coexistence au Moyen-Orient

Repenser la paix au-delà des diplomaties classiques

Depuis des décennies, le Moyen-Orient est pensé à travers les guerres, les frontières, les blocs idéologiques et les récits de confrontation.

Le panarabisme a échoué. Depuis des décennies, il démontre son impasse à travers la situation catastrophique de nombreux pays de la région.

L’islamisme a détruit des sociétés entières, y compris parmi les Palestiniens, à Gaza, au Liban et ailleurs.

Les nationalismes autoritaires ont enfermé les peuples dans la peur, les mensonges, la corruption et la haine de l’autre.

Et pourtant, malgré les guerres, une autre réalité commence lentement à émerger.

Des voix de plus en plus nombreuses dans la région cherchent désormais à construire des coopérations pragmatiques fondées non plus sur l’idéologie, mais sur les intérêts communs, la stabilité, l’économie, la technologie, l’éducation et la coexistence.

Un récent article publié dans le The Jerusalem Post évoquait ainsi l’idée d’un « Abraham Peace Corridor », imaginant un espace régional de coopération reliant plusieurs acteurs du Moyen-Orient autour d’une logique de paix et de développement plutôt que d’affrontement.

Cette réflexion mérite d’être prise au sérieux. Non parce qu’elle apporterait une solution miracle aux conflits de la région, mais parce qu’elle traduit une évolution plus profonde : l’épuisement progressif des grands récits de haine qui ont structuré le Moyen-Orient moderne.

La faillite des idéologies de destruction

Le Moyen-Orient paie aujourd’hui le prix de décennies de propagande, de haine et de rejet qui n’ont apporté aucun » solution.

Des générations entières ont grandi dans l’idée que la priorité absolue devait être la destruction de l’autre : Israël, l’Occident, les minorités, ou toute voix dissidente.

Pendant ce temps :

* les sociétés se sont effondrées ;

* les élites se sont enrichies ;

* les libertés ont disparu ;

* les minorités ont été persécutées ;

* et des millions de personnes ont fui leurs propres pays.

La Syrie en est probablement l’exemple le plus tragique.

Sous couvert de nationalisme et de résistance, le régime syrien a détruit son propre peuple. Puis l’islamisme a achevé de fragmenter le pays.

Le Liban, lui aussi, s’est progressivement transformé en terrain d’affrontement régional au détriment de sa souveraineté et de son développement.

Quant aux Palestiniens, ils ont souvent été instrumentalisés par des régimes qui prétendaient parler en leur nom tout en refusant toute solution réaliste.

Une autre logique régionale devient possible

Face à cet échec historique, une autre approche commence timidement à apparaître.

Les Accords d’Abraham ont montré qu’une partie du monde arabe était prête à sortir du paradigme permanent de guerre contre Israël.

Cette évolution ne signifie pas l’abandon de la question palestinienne.

Elle signifie surtout que certains États ont compris qu’ils ne pouvaient plus sacrifier leur avenir au maintien éternel d’un conflit instrumentalisé politiquement.

Dans ce nouveau contexte, des convergences inédites émergent :

* entre Israéliens et Arabes pragmatiques ;

* entre minorités menacées par l’islamisme ;

* entre acteurs économiques régionaux ;

* entre sociétés civiles lassées des idéologies destructrices.

Ces rapprochements restent fragiles.

Ils sont souvent diabolisés.

Mais ils révèlent une transformation importante : de plus en plus de personnes dans la région veulent vivre, construire et coopérer plutôt que mourir pour des slogans.

Le véritable corridor de paix est culturel

Mais la paix ne peut pas être uniquement diplomatique.

Les accords politiques ne suffisent pas lorsque les sociétés continuent d’être éduquées dans la haine.

On ne construit pas une coexistence durable uniquement avec des contrats commerciaux ou des sommets internationaux.

On la construit aussi dans les imaginaires, dans l’éducation, dans la culture et dans la rencontre humaine.

C’est précisément là qu’intervient la nécessité d’initiatives intellectuelles et culturelles indépendantes.

Le véritable corridor de paix du Moyen-Orient ne sera pas seulement économique.

Il devra aussi être :

* culturel ;

* éducatif ;

* mémoriel ;

* et humain.

Il devra permettre à des Syriens, Libanais, Israéliens, Kurdes, Druzes, Palestiniens et autres acteurs de la région de dialoguer hors des récits imposés par les propagandes nationales ou islamistes.

Ashteret : ouvrir un espace de dialogue lucide

C’est dans cet esprit qu’est née Ashteret.

Ashteret ne prétend pas résoudre les conflits du Moyen-Orient.

Mais l’initiative cherche à ouvrir un espace rare :

* un espace de réflexion ;

* de dialogue ;

* de confrontation intellectuelle ;

* et de déconstruction des récits de haine.

L’objectif n’est pas d’effacer les identités ou les désaccords.

Il est de permettre l’existence d’un langage commun capable de dépasser les logiques de destruction permanente.

Dans une région saturée de propagandes, de victimisations concurrentes et d’extrémismes, la coexistence exige aujourd’hui du courage intellectuel.

Elle exige aussi d’accepter une vérité simple : aucun peuple du Moyen-Orient ne disparaîtra.

Et aucune paix durable ne pourra être construite sur la négation de l’existence de l’autre.

Reconstruire les imaginaires avant les frontières

Le Moyen-Orient n’a pas seulement besoin de reconstruction matérielle.

Il a besoin de reconstruction morale, culturelle et psychologique.

Les routes, les pipelines et les accords économiques ne suffiront pas si les sociétés continuent à transmettre la haine comme héritage identitaire.

Le véritable défi est donc peut-être là :

reconstruire les imaginaires avant même de prétendre reconstruire les frontières.

Et c’est précisément dans cet espace fragile, difficile mais nécessaire qu’Ashteret souhaite contribuer.

*Source d’inspiration : article publié dans The Jerusalem Post sur le concept d’« Abraham Peace Corridor ».

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